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    Quelle sont tes impressions sur ces odeurs?

    AbdesSalaam Attar
    Compositore Profumiere

    #50013

    ichiro
    Member

    Santal (Mysore)
    A la premiĂšre inspiration, j’ai Ă©tĂ© comme « chavirĂ© » de l’intĂ©rieur. Les Ă©lĂ©ments volatiles du parfum sont trĂšs puissants : en s’élevant, c’est un peu comme s’ils transportent l’ñme de l’intĂ©rieur. On sent
    qu’ils touchent la part subtile de l’ĂȘtre. En revanche, dĂšs que la note volatile s’est estompĂ©e, l’odeur de fond qui reste sur la peau m’a rappelĂ©, la premiĂšre fois, l’odeur presque banale du « santal »
    tel qu’on le trouve habituellement dans les parfumeries orientales: une odeur persistante, assez lourde, tenace, entĂȘtante mĂȘme, presque dĂ©rangeante,qui tranchait Ă©videmment (et paradoxalement) avec le subtil bouleversement intĂ©rieur de la premiĂšre inspiration.
    Cependant, lorsque j’ai ressenti le parfum un autre jour,l’expĂ©rience a Ă©tĂ© tout autre : Ă  la premiĂšre inspiration, pas de « transport intĂ©rieur ». Toutefois, je me suis rendu compte que, en l’inspirant fort et de prĂšs, je retrouvais la mĂȘme sensation.
    Ensuite, la note de fond ne m’a plus perturbĂ© : au contraire, je l’ai trouvĂ© trĂšs homogĂšne, trĂšs cohĂ©rente avec la premiĂšre senteur, dans son prolongement naturel. Le santal de Mysore est profond, sĂ©rieux, grave mĂȘme, mystĂ©rieux et envoĂ»tant. Au fil des heures, la note de fond s’estompe, laissant une odeur doucement Ăącre, trĂšs sacerdotale, qui rappelle l’encens.
    Le santal de Mysore n’est pas un parfum conventionnel; ce n’est pas une odeur facile Ă  porter : c’est une odeur trĂšs puissante (presque agressive), et surtout trop chargĂ©e de significations pour pouvoir dĂ©sirer en apprĂ©cier seulement l’esthĂ©tique. Ce n’est pas une odeur neutre: il est nĂ©cessaire de faire en soi un effort pour pouvoir l’accompagner positivement, l’apprivoiser d’une certaine maniĂšre, et en percevoir les vertus intĂ©rieures C’est un caractĂšre trĂšs fort exigeant une grande participation intĂ©rieure de la part de celui qui l’inspire. C’est tout une Ă©ducation intĂ©rieure. Il faut du temps. Le santal de Mysore est presque sauvage, mobile, inattendu, indomptable. Il interagit en permanence avec l’ĂȘtre qui le respire. A chaque fois, c’est donc quelque chose de diffĂ©rent. A chaque fois, quelque chose d’unique. Dans sa structure mĂȘme, le santal de Mysore est fonciĂšrement paradoxal: il est terrestre et aĂ©rien Ă  la fois : il tire vers le « bas » et aspire vers le «haut» simultanĂ©ment. Il est tout Ă  la fois de gravitĂ© et d’élĂ©vation. C’est un rĂ©sineux impĂ©tueux qui donne vraiment l’impression de se trouver au cƓur d’un tronc
    d’arbre ; et, en mĂȘme temps, au contact de l’air libre, on constate qu’il se dilate (au lieu de se rĂ©sorber), comme s’il parvenait Ă  parfumer l’air tout alentour.

    Benjoin BR
    C’est un rĂ©sineux beaucoup plus « vĂ©nusien » que le santal. Un autre monde. AprĂšs le santal Mysore, on a presque envie de sourire, aprĂšs tant de d’ñcretĂ© et de gravitĂ©. L’odeur, trĂšs raffinĂ©e, Ă©lĂšve immĂ©diatement le cƓur, les pensĂ©es, les sentiments. Elle est rassurante, rĂ©confortante mĂȘme, Ă©minemment positive.
    On pourrait spontanĂ©ment l’associer aux qualitĂ©s de bontĂ©, de bienveillance, d’amĂ©nitĂ©. Sa qualitĂ© est d’ĂȘtre naturelle : profonde sans ĂȘtre lourde, lĂ©gĂšre sans ĂȘtre superficielle. Elle dit sans peser, elle Ă©lĂšve sans effort. Au fil des heures, l’odeur s’affine, se fait de plus en plus subtile, devenant mĂȘme trĂšs distinguĂ©e. AprĂšs quelques heures, elle laisse sur la peau une trace inimitable, extrĂȘmement raffinĂ©e, trĂšs lĂ©gĂšrement fruitĂ©e, d’une douceur veloutĂ©e presque Ă©mouvante. C’est Ă  cette suavitĂ© incomparable, dĂ©posĂ©e comme empreinte sur le corps tout au long du jour (et mĂȘme de la nuit), que l’on prend conscience de ce qu’est vĂ©ritablement un parfum naturel: il dure sans effort, il s’incorpore au corps en y laissant une odeur singuliĂšre, unique. Loin d’ĂȘtre le rĂ©sineux un peu primaire que l’on serait tentĂ© de juger de haut Ă  la premiĂšre senteur, le benjoin s’avĂšre racĂ©, noble mĂȘme, tant il occulte sa distinction sous une bonhomie apparente.

    Benjoin Kashmire
    Un autre benjoin, s’exprimant dans un autre langage. C’est Ă©videmment un rĂ©sineux de mĂȘme famille, mais, en mĂȘme temps, c’est autre chose. C’est toujours fascinant de percevoir la singularitĂ© dans la proximitĂ©: mĂȘme si deux frĂšres sont frĂšres, chacun est unique, chacun est diffĂ©rent. En note de tĂȘte, le Kashmire est plus profond, plus mystĂ©rieux, plus mĂąle: moins sĂ©ducteur, moins ample, plus sobre. En note de cƓur, vient ensuite un trĂšs subtil parfum de bois,
    assez sauvage, un peu Ăącre mais trĂšs dĂ©licat, qui ramĂšne au sol, Ă  la terre : on est loin des transports aĂ©riens du premier benjoin. Comme le santal (mais en beaucoup plus Ă©purĂ©), il est Ă  la fois terrestre et aĂ©rien : il part du sol, de l’humus pour toucher l’ñme. Au bout de quelques heures, il laisse sur la peau, en note de fond, une trace suave, dĂ©licate, trĂšs lĂ©gĂšrement vanillĂ©e, trĂšs proche du premier parfum.
    Plus complexe que le premier benjoin, le Kashmire est aussi plus subtil, plus sophistiquĂ© en ce sens qu’il dĂ©veloppe une palette d’odeurs plus riche, plus variĂ©e.

    Ciste
    A la premiĂšre senteur, le ciste peut paraĂźtre primaire, tant l’odeur est forte, presque agressive. On se croirait dans une Ă©bĂ©nisterie. C’est un rĂ©sineux puissant, robuste, primitif, entier, massif. L’odeur est plus Ăącre que le benjoin, plus mĂąle aussi. Cependant, au fil des heures, elle s’affine, se dĂ©leste, pour laisser sur la peau une note plus Ă©purĂ©e mais de mĂȘme facture que la premiĂšre odeur, simplement de moindre intensitĂ©, qui dĂ©bouche cependant (mais un peu plus tard) sur une odeur plus grave, presque sapientiale, qui rappelle d’ailleurs un peu l’encens. AprĂšs bien des heures, le ciste laisse enfin sur la peau une note de fond trĂšs raffinĂ©e comme le benjoin, trĂšs douce, lĂ©gĂšrement fruitĂ©e. En fin de compte, chacun de ces trois rĂ©sineux se retrouve, en dĂ©pit de ses particularitĂ©s d’origine, au centre d’un mĂȘme cƓur d’odeur. En association avec le benjoin, le ciste rĂ©vĂšle toute son originalitĂ© et sa richesse. C’est comme si on rĂ©unissait mĂąle et femelle : les deux parfums sont merveilleusement complĂ©mentaires. Un rĂ©gal.

    #50014

    Le Benjoin que j’utilise est le resinoide et c’est une matiere solide qui se liquĂ©fie quand on la chauffe.
    Pour pouvoir l’utiliser comme parfum je le chauffe et ajoute une autre essence de façon a ce qu’en refroidissant il reste liquide, meme s’il reste dense comme le miel.
    Sinon je ne pourrais pas l’utiliser pour composer mes parfums ou meme pour me parfumer avec.
    BR veut dire Bois de Rose, et dans cette version j’ai utilisĂ© cette essence pour le rendre liquide.
    Kashmire est l’essence d’une plante aromatique dont j’ai rapportĂ© les semis en Italie.
    Je l’ai faite cultiver et distiller ici, et j’ai obtenu cette essence tres similaire a celle de la TagĂšte.
    Benjoin Kashmire est le resinoide de Benjoin rendu liquide avec l’essence de bois de cedre et une goutte d’essence du Kashmire.
    Le rĂ©sinoide de Ciste est une pate rĂ©sineuse inutilisable dans son Ă©tat naturel. Je l’ai donc rendue liquide comme le miel pour pouvoir l’utiliser, en le mĂ©langeant avec l’essence de bois de CĂšdre.

    Et le Musk animal. Qu’en dis tu?

    #50015

    ichiro
    Member

    Musc (dilution normale)
    C’est une odeur de corps, une « fleur de peau », trĂšs douce, trĂšs intime, trĂšs liĂ©e au corps. C’est une odeur trĂšs humaine, pas du tout animale. Ce n’est pas une odeur « extĂ©rieure », qui vient d’ailleurs, mais au contraire, endogĂšne, venant « du dedans », « de l’intĂ©rieur du corps ». Plus encore : c’est une odeur qui vient de soi, non Ă  soi, non de l’extĂ©rieur de soi. C’est Ă  la fois doux et hormonal :on pense au corps de l’ĂȘtre qui nous accompagne dans la vie, que l’on sent durant la nuit. C’est pourquoi l’odeur paraĂźt familiĂšre, alors qu’on la dĂ©couvre pour la premiĂšre fois. C’est aussi une odeur qui ne sort pas de soi : lorsqu’elle s’exhale, elle ne s’évade pas, elle ne sort pas d’elle-mĂȘme, elle revient comme Ă  l’intĂ©rieur du corps, qu’elle n’a en fait jamais quittĂ© mais dont elle a donnĂ© comme une signature olfactive. Le musk reste toujours « incorporĂ© ». C’est pourquoi il fixe les parfums, par nature volatiles. Il fixe le volatil : Coagula Solve. Il incorpore le subtil. D’oĂč sa valeur.

    Musc (dilution concentrée)
    Au dĂ©part, on sent une odeur animale. Mais trĂšs vite, on comprend que ce n’est pas seulement une odeur de « bĂȘte ». C’est autre chose. Une odeur qui pourrait aussi ĂȘtre humaine, mais appartenant de toute Ă©vidence Ă  une autre humanitĂ©. On pense Ă  l’homme Ă  l’état sauvage, Ă  l’ « homme primordial », au premier homme, Adam. D’ailleurs, trĂšs rapidement, l’odeur « animale » s’estompe ; et, au lieu de se volatiliser dans l’air (comme tous les parfums), c’est comme si l’odeur se rĂ©sorbait lentement Ă  l’intĂ©rieur du derme, retournait Ă  l’intĂ©rieur du corps, de telle sorte que, au bout d’un certain temps, elle reprend la nature douce et intime de l’odeur de corps, telle que nous l’avons dĂ©crite avec la premiĂšre senteur.
    On se rend compte alors (mais comme aprĂšs coup) que cette odeur brute, primitive, vient de nous, de notre essence mĂȘme, mais que nous ne pouvions d’emblĂ©e la juger que comme autre que nous, Ă©trange, Ă©trangĂšre, celle-ci renvoyant olfactivement Ă  une dimension de notre humanitĂ© que nous avons proprement oubliĂ©e. En ce sens, le musk est un rappel, une rĂ©miniscence pour l’homme qui se croit civilisĂ© mais qui a perdu de vue sa nature propre.
    En rĂ©alitĂ©, le musk est l’odeur naturelle par excellence : c’est la signature olfactive de la Nature primordiale pure, commune Ă  tous les ĂȘtres crĂ©Ă©s. L’odeur de musk est donc hautement naturelle ; mais, si nous ne la percevons pas comme telle, c’est parce que nous avons oubliĂ© le fond originel (et universel) de notre identitĂ©. C’est donc tout un travail de rĂ©Ă©ducation olfactive qui est Ă  entreprendre pour quiconque dĂ©sire sentir l’odeur de ce qu’il est depuis toujours

    Ciste (suite)
    AprĂšs quelques jours de compagnonnage, je me rends compte que le ciste me correspond parfaitement. AprĂšs des premiĂšres notes puissamment rĂ©sineuses, c’est un parfum qui s’approfondit noblement sur la peau, « s’intĂ©riorisant » de plus en plus, au point de rappeler un peu l’encens, mais sans ĂȘtre lourd ni austĂšre. C’est un parfum Ă  la fois sapiential et naturel, un vrai bonheur.

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