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    ichiro
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    (solution alcoolisée en spray)
    D’instinct, j’avais délibérément mis de côté l’hyraceum : après avoir senti le musc, l’ambre gris, la civette et le castoreum, je n’allais tout de même pas mettre mon nez dans cette espèce de gros rat sauvage, presque immonde à la vue, sentant l’urine et portant un nom préhistorique qui fait peur: il y a des limites à tout. Mais n’est-ce pas là la force des préjugés d’être d’autant plus virulents qu’ils sont infondés ? Et puis, Dominique Dubrana a eu la prescience de m’en faire parvenir un échantillon. Devant le fait accompli, je me suis souvenu d’Edmond Roudnitska (grand monsieur que je respecte, dont les écrits démontrent qu’il fut un être d’exception) qui disait que la première fois que l’on sent une odeur est l’étape cruciale du parfumeur: un moment unique, une expérience irremplaçable, qui ne se répètera plus jamais. J’acceptais donc de faire le cobaye.
    La note de tête, au départ assez acide, puissante, prend de suite une allure plus herbacée, sentant la paille, une odeur typique et tenace d’étable, de peau de bête tannée. Très vite s’installe la conviction de respirer la toison d’une bête, au point de pouvoir caresser la fourrure de sa main. Cette impression prodigue une sensation d’insondable tendresse, donnant le sentiment d’être comme blotti contre le flanc d’une bête (à l’instar de Romus et Romulus, enfants, allaités par la louve). On pense aussi au nid douillet de la crèche, entre l’âne et la vache, de l’enfant Jésus. Ces évocations remémorent le rapport ancestral, archaïque, à l’animal, à l’époque où l’homme vivait en promiscuité, mais également en complicité avec la bête: chacun, alors, avait besoin de l’autre. On se serrait, l’hiver, pour se réchauffer. Chaude, enveloppante, rassurante, cette attendrissante odeur animale donne une indicible conviction de protection, d’intimité, de quiétude, et, pour tout dire, de providence. L’ambiance est si recueillie, si maternelle, qu’elle est émouvante, bouleversante. A ma grande surprise, elle est parvenue chez moi à dissoudre tous les nœuds : j’en ai pleuré à chaudes larmes. Jamais je n’ai eu une telle sensation physique de retrouvailles. En prenant du recul, je me suis rendu compte que l’hyraceum est un parfum adamique, procurant l’odeur de l’intimité principielle (el-Ouns), donnant la sensation physique de la rencontre divine (el-Ouaçl) transposée sur le plan olfactif. Un grand, un très grand moment. L’expérience la plus forte que j’ai connue depuis ces six mois à partir desquels j’ai débuté ce voyage olfactif. Un souvenir intense qui ne me quittera plus.
    La note de fond, quant à elle, rappelle, en plus puissant, en plus rustique, l’odeur si mystérieusement hormonale du musc. Du reste, le musc lui-même sent cette odeur de proximité animale, mais sa complexion, plus élaborée, plus fine, moins primitive, oblitère un peu plus cet aspect. Comparé à la civette, l’hyraceum pourrait être considéré comme un parfum moins subtil, moins fin, mais je trouve personnellement que c’est la senteur animale qui se rapproche le plus du musc. Une vraie découverte, une grande surprise.
    Je trouve l’association de l’hyraceum et de la rose très naturelle, la rose se lovant avec aisance et spontanéité dans la fourrure chaude et feutrée de l’hyraceum, celui-ci se faisant remarquablement neutre et cristallin dans cette étreinte, ce qui donne un parfum animal très fin, exquisement doux, mâle et calme, exhalant une sorte de silence très pacifiant, constituant, pour moi, un point d’équilibre presque parfait.

    #50093

    J’ai eu des nouvelles directement de l’Afrique du sud a propos de l’Hyraceum.
    J’avais demandé comment il se faisait que des excréments d’animaux deviennent durs comme la pierre e de la même densité de poids.
    L’hyraceum n’est pas le résultat des excréments pétrifiés mais des urines cristallisées.
    Il faut savoir que cet animal est le seul mammifère qui urine une gelée au lieu d’un liquide.
    Le peu d’eau qu’elle contient s’évapore et la cristallisation a lieu. Comme ces animaux ont des toilettes communes l’hyraceum s’amasse au cour des décennies et des siècles devenant toujours plus dur.
    Cette substance est appelée en Afrique la pierre noire. Ce sont les missionnaires qui en ont diffusé la réputation en l’utilisant comme anti venin des serpents.
    J’en ai plusieurs foi entendu parler en Afrique de l’ouest mais durant mes trois années de voyage Africain je n’en avais jamais vu.
    Aujourd’hui je comprend pourquoi, cela venait de l’Afrique du Sud et seuls les missionnaires en avaient.
    Par sécurité j’en ai acheté 25 kg.
    Ses propriétés de fixatif de parfums et celles medicales très similaires a celles des autres substances animales de la parfumerie (anti épileptisnte, système nerveux ecc)ne laissent aucun doute sur la nature phéromonale de l’Hyraceum.

    #50094

    ichiro
    Member

    L’impression olfactive d’abri, de refuge, que j’ai décrite dans le commentaire précédent, trouve curieusement sa correspondance avec le mode de vie de ces petits mammifères (qui ressemblent plus à une marmotte qu’à un rat): en raison d’une difficile régulation thermique de leur corps, les scientifiques expliquent qu’ils ont coutume, notamment par temps froid ou durant la nuit, de se blottir les uns contre les autres, et même de s’empiler les uns sur les autres, pour maintenir leur température constante et conserver ainsi leur énergie.

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