Viewing 6 posts - 1 through 6 (of 6 total)
  • Author
    Posts
  • #49903

    ichiro
    Member

    Civette et musk
    Musk et civette appartiennent à la même famille olfactive. Ce sont deux parfums d’origine animale se caractérisant par leur grande humanité. Ce ne sont pas seulement des odeurs chaudes, ce sont des odeurs intimes, discrètes, feutrées. Leur marque insigne, aussi curieux que cela puisse paraître, c’est la tendresse. On pourrait penser à l’odeur intra-utérine de la mère. En ce sens, ce sont moins des odeurs de corps que de coeur. Certes, le musk propose une odeur plus fine, plus subtile, plus raffinée (faisant penser au daim, au chamois) que la civette. L’odeur de cette dernière, plus basique, plus animale, reste cependant dans le même registre émotionnel. Dernière différence : l’odeur de la civette est plus volatile: elle s’évapore assez rapidement de la peau, tandis que celle du musk s’y incorpore.

    Castoreum
    L’odeur du castor musqué n’a rien à voir avec celle du musk ou de la civette. La première fois qu’on la sent, je me suis demandé si ce n’était pas un produit chimique ! Puis une odeur singulière de cuir, assez relevée, assez acide, apparaît, se maintenant ensuite sur la peau, et on comprend alors que l’on a affaire à un parfum à part entière. Curieusement, l’odeur, même si elle est assez puissante, n’est pas du tout primaire comme on aurait pu se l’imaginer au départ, ne rappelant pas d’ailleurs franchement son origine animale, car son parfum est étonnamment fin, élaboré, sophistiqué, même s’il faut du temps pour en apprécier la note. Au fur et à mesure qu’on le porte, on s’habitue à sa singularité, et on se rend compte alors que le castoreum doit être souvent employé en parfumerie, notamment pour relever des odeurs plus subtiles et délicates, grâce à sa note chaude et particulière, et leur donner ainsi un corps très mystérieux.

    #50061

    ichiro
    Member

    Castoreum (2)
    Je suis un peu passé à côté de la singularité magnifique du castoreum : c’est un cuir hormonal très chaud, une senteur à la fois animale et raffinée. Il se marie merveilleusement avec la rose, qu’il épouse avec tendresse et délicatesse. Un vrai mâle.

    #50062

    C’est aussi le parfum animal qui agit le plus fortement sur la sfere sexuelle du male humain. Il stimule soit la libido que la production de sperme.
    En ce sens c’est peut etre le moins spirituel des phéromones animaux de la parfumerie, mais cela le rend précieux pour compléter les essences qui le sont trop pour les personnes comunes, comme peut l’etre justement la rose.

    AbdesSalaam Attar
    Compositore Profumiere

    #50063

    ichiro
    Member

    Civette (2)
    L’éminente vertu de la civette est d’attendrir le cœur, favoriser la compassion, l’humilité, la modestie, la douceur, la tendresse, la gentillesse, la simplicité. C’est la réminiscence olfactive des « gentils », des cœurs tendres, des hommes nobles. C’est pour cela que le Prophète recommande de ne pas mépriser cette odeur : ce sont précisément ces valeurs qui sont méprisées par le monde.

    #50064

    ichiro
    Member

    (solution alcoolisée en spray)
    En spray, le castoréum apparaît presque fleuri, romantique, aromatique. C’est déjà un parfum civilisé. Les notes cuirées et fumées sont affinées par l’arôme qui est splendide. A cette distance, on perçoit des tons, des couleurs que l’on n’avait pas perçus par myopie. Sous ce jour, on comprend que l’animal soit mariable à d’autres parfums: il est prêt à se donner avec volupté. La note de fond, typiquement animale, est tendre et suave.

    #50065

    ichiro
    Member

    Civette
    (solution alcoolisée en spray)
    Une note urineuse ressort davantage, en tête, avec le spray. Mais toujours la même sensation confondante de tendresse qui s’impose. Comme avec le musc et l’hyraceum, nous sommes encore ici dans le registre du souvenir d’une relation ancestrale, primitive, de l’homme et de l’animal, à une époque où les deux genres cohabitaient pour se protéger des agressions de la nature. A chaque fois, le même choc émotionnel (comme si, à l’impact de cette brusque réminiscence, le cœur se brise de l’intérieur), lié à ce souvenir étrange, à la fois si lointain et paradoxalement si présent, que je ne peux (pour ma part) rattacher à un évènement précis de ma vie, mais que je suis bien forcé de situer (si l’on peut dire) au-delà de l’histoire, comme à l’origine ontologique de mon propre développement.
    Peut-être, à ce titre, une des fonctions les plus essentielles (et les plus mal connues) de l’odorat est-elle justement (plus que les autres sens) de nous permettre, en invisible fil d’Ariane, de remonter dans le souvenir au-delà du cycle de vie que nous parcourons présentement, ou, tout au moins, de nous mettre en correspondance avec la partie de nous-même qui préexistait (si l’on peut s’exprimer ainsi) avant que nous adoptions la forme que nous assumons aujourd’hui.
    Le plus troublant est que l’actualisation de cette correspondance s’effectue par la tonalité de l’émotion, c’est-à-dire en sollicitant le versant primitif, instinctif, infra-rationnel de l’intuition. De sorte qu’il y aurait peut-être matière à penser que, de même que l’intuition spirituelle (de nature lumineuse) nous donne le pressentiment limpide et éclairé des états supérieurs de l’être, prenant appui, dans le monde physique des sens, sur la faculté ontologique de l’ouïe (c’est un point qui demanderait évidemment à être précisé), l’intuition élémentaire quant à elle (de nature pour ainsi dire « enfouie ») nous donne, d’une part, le « ressenti » (par nature obscur ou, tout au moins, confus) de ces mêmes états (comme si on en ressentait l’empreinte olfactive), d’autre part (et c’est là le point clé) une sorte de pré-science primitive (là aussi indistincte) du monde qui a « précédé » (c’est une façon de parler) l’humanité constituant notre condition actuelle d’existence, tout ceci prenant appui, dans le monde des sens, sur la faculté ontologique de l’odorat. Sous cet angle, la spécificité métaphysique de l’odorat ne serait donc pas tant de nous permettre de « ressentir » des états (que l’intuition spirituelle nous permet d’atteindre plus directement et clairement par la conscience) que, sur un plan en quelque sorte cosmique, que de nous souvenir (de manière certes subreptice et fugace) du monde qui a « précédé » notre existence actuelle (auquel celle-ci est de toutes manières liée de par l’enchaînement logique qui détermine l’articulation des cycles de notre propre développement). Ainsi donc, si l’odeur que dégagent le musc, l’hyraceum et la civette nous fait irrésistiblement penser à l’époque primitive où l’homme cohabitait avec la bête, ce n’est pas tant que cette odeur nous renvoie au souvenir d’une période préhistorique révolue, mais, plus profondément encore, bien au-delà de l’histoire, et même de l’humanité, à la réminiscence ontologique d’un monde dont cette représentation primitive ne fournit que la transposition analogique. En clair, cette odeur ne représente pas tant pour nous une scène ayant survenu à l’aube de l’humanité que la configuration symbolique du monde qui a « précédé » notre humanité actuelle et qui s’inscrit dans le cadre (immuable, proprement intemporel) du développement ontologique de l’être lui-même. Pour finir ce point, on peut donc poser comme hypothèse que le « nez » est, pour l’homme, le sens privilégié par lequel il peut « sentir » (plus que comprendre) la relation logique (et ontologique) qui relie le monde qu’il occupe aujourd’hui au monde qui l’a « précédé » dans le cycle de son développement. C’est une manière d’actualiser le lien (de faire l’unité) entre les mondes que nous parcourons dans notre cycle, mais sur un plan purement primitif et émotionnel. Pour conclure, on pourrait dire que l’odorat, sur le plan métaphysique, est un sens purement « adamique ».

Viewing 6 posts - 1 through 6 (of 6 total)

You must be logged in to reply to this topic.