#50053

ichiro
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Laurier
(huile essentielle)
L’odeur de tête est fraîche, montante, menthée, camphrée, subtilement épicée mais très suave, légèrement boisée, comportant une profondeur florale magnifique, évoquant irrésistiblement la lavande. Le parfum est éclatant, aérien, plus apollinien que vénusien (je me rends compte après coup qu’il fut vénéré dans l’antiquité comme arbre d’Apollon), enchanteur que charmeur, mâle que femelle. Comme son nom l’indique, il y a beaucoup de noblesse dans cette ouverture. En s’approfondissant sur la peau, le laurier exhale, dans un premier temps, des notes plus résineuses de myrte et de romarin, libérant une ambiance typiquement solaire de maquis méditerranéen. Dans un second temps en revanche, la senteur fait émerger progressivement un fond balsamique et velouté, rappelant les notes suaves et tendres de la coriandre, contenant une touche sucrée, presque vanillée, discrètement chocolatée (qui ressort nettement, comme on l’a vu, lorsque le laurier épouse le santal). Et la note de fond fixe cette patine étonnante de bois chaud, suavement sucré, vanillé, cacaoté, prenant une connotation curieusement orientale, assez proche des nuances du benjoin. Atypique, le laurier est vraiment surprenant par la richesse de ses transformations, empruntant successivement des climats très différents, tout en restant lui-même.
On songe bien sûr le marier à la coriandre, au gingembre, au benjoin, à la vanille, au cacao, à la lavande, mais c’est un peu mais c’est un peu faire œuvre de facilité que de jouer ainsi ton sur ton: il est plus instructif de le confronter à des notes opposées (amères, sèches, vertes, piquantes, acides) pour apprécier la richesse de ses réactions. C’est dans l’adversité qu’on se révèle. C’est à la polarité qu’on succombe toujours. C’est la loi de l’amour de rechercher ce qui nous manque pour entrevoir la plénitude d’une totalité.
Le couplage, en ce sens, au cyprès est très intéressant, dégageant une note de fond d’un boisé mat et sec, délicatement suave, remarquable de sobriété.
Encore plus significatif est le rapprochement avec le genévrier : le laurier aromatise considérablement son bois, faisant ressortir sans la dénaturer sa note principale, ce qui donne un arôme de gin magnifiquement parfumé, moins fermenté, plus solaire. A terme, la senteur, reprenant en filigrane les notes balsamiques du laurier, s’épanouit dans un registre plus profond et boisé, à la fois chaud et suave, presque animal.
La confrontation au vétiver est tout aussi éclairante : le laurier aromatise, là aussi, considérablement son bois, lui apportant en tête une ampleur camphrée, aérienne, particulièrement éclatante. Ensuite, la conjugaison des arômes de fond donne un parfum boisé, à la fois piquant et suave, d’une grande élégance.
De même, le laurier aromatise et arrondit les notes sèches du galbanum, ce qui produit là aussi un arôme d’une grande finesse. Même chose avec l’élémi, dont il adoucit et arrondit les notes piquantes.
L’association au ciste, quant à elle, est très séduisante : il adoucit son âcreté pour produire une note résineuse plus suave, rappelant les accents lumineux du myrte.
La relation au castoreum est plus riche encore : ses notes de fond balsamiques assouplissent son cuir tout en douceur, ce qui produit un arôme d’une étonnante tendresse.
Quant à l’alliance à l’encens, très subtile, elle représente sans doute un de ses mariages les plus heureux : sa note camphrée, limpide et aérienne se coule en effet merveilleusement dans le brouillard évanescent et mystérieux de la résine, dégageant un arôme subtilement menthé d’une surprenante finesse.