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ichiro
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Vétiver
Sauvage, le vétiver est de la même catégorie olfactive que le patchouli : c’est un boisé de caractère, typé, original, singulier, sentant plus le végétal que le bois à proprement parler. Plus vert que le patchouli, plus tonique, plus frais, plus pointu, plus piquant, plus sec, le vétiver est aussi plus fin, plus raffiné, plus élégant.
En tête, l’odeur évoque curieusement (et assez mystérieusement) la noisette. Subtilement poivré et hespéridé, le parfum dégage comme un arôme de sous-bois (mais sans moisi), de lit de feuilles sèches, légèrement fumées, de fougères chauffées par le soleil.
Terreux sans être lourd, basique tout en étant léger et aérien, le vétiver propose une fragrance à la fois revigorante et apaisante, stimulante et pacifiante, qui réconcilie avec la vie. Simultanément déroutant et rassurant, exotique sans dépaysement, le parfum dégage enfin une sensation conjuguée d’entrain, de saine vigueur, d’équilibre, procurant une sensation étonnante de recentrage sur soi.
C’est en s’approfondissant sur la peau que le vétiver exprime cependant sa note la plus subtile, reprenant les notes mystérieuses de sa racine qui évoquent les couleurs comme transparentes de l’iris, suggérant aussi la violette.
Raffiné tout en étant rustique, élégant tout en demeurant champêtre, subtil sans sophistication, c’est un parfum pour gentleman farmer sentant la noblesse de terroir.
Conjugué au patchouli, le vétiver ennoblit celui-ci, le rendant plus rond, plus civilisé, moins primitif, sans rien édulcorer de ses notes les plus sauvages. Le parfum rendu est à la fois fin et puissant, extraverti et retenu. Un magnifique boisé végétal, extraverti, sans complexe.

Bois de rose
Sublime aromatique, le bois de rose n’est que très discrètement boisé. Hespéridé extrêmement raffiné, évoquant la bergamote, la citronnelle, la limette, délicatement poivré, subtilement camphré, presque mentholé (ce qui lui donne une profondeur troublante, d’une élégance rare), le bois de rose dégage une odeur vraiment délicieuse, proprement paradisiaque. Par la suite, la note devient comme orangée, plus ronde, presque florale, avec toujours cette pointe épicée et camphrée qui tonifie sa couleur. D’une finesse exceptionnelle, le bois de rose est un parfum sublimement aérien, proprement angélique. On songe spontanément le marier à des hespéridés raffinés, à des fleurs fraîches et délicates.
Très volatile, il a la particularité remarquable de fixer une note de fond ténue mais très persistante, que l’on ne sent cependant pas directement sur la peau, comme si l’odeur ne se fixait que dans l’air, au-dessus du corps, sans toucher le derme.
Le mariage avec le cèdre (lui-même parfum d’air) est exemplaire : d’un côté, le bois de rose magnifie le cèdre, le mettant en mouvement, le dilatant dans l’air, amplifiant sa note boisée si caractéristique, de sorte qu’on a vraiment l’impression ici que le cèdre se met à respirer. De l’autre, le cèdre fixe la volatilité du bois de rose, de sorte que la fragrance reste étonnamment stable sur la peau. Le fruit de cette union est vraiment raffiné, suave, original, virant vers le fruité, fleurant parfois la mandarine. Un boisé aromatique tout en légèreté, élégance, distinction, et en même temps ayant du corps, très persistant.

Aiguilles de pin
Très aromatique comme le bois de rose, hespéridé tout comme lui, mais en plus boisé, en plus vif, en plus vert, le pin est, dans un registre plus terrestre, plus primitif, un parfum tout aussi enchanteur.
Nous parvient au départ l’odeur résineuse, piquante, si caractéristique de l’aiguille de pin. Mais tout le charme du parfum est de nous faire pénétrer dans le cœur de cette senteur coutumière pour nous en transmettre plus profondément l’esprit.
Après les premières effluves de tête, merveilleusement citronnés, follement toniques, la note devient fortement camphrée, sublimement mentholée, délicatement fumée, ce qui lui donne une profondeur captivante et un charme irrésistible. Il faut le dire : comme le vin, le pin est proprement enivrant. Sa nature abondamment généreuse, son caractère éminemment tonifiant, revigorant, lui donnent une force de conviction, un charisme, une positivité exceptionnels. Au sens étymologique du terme, c’est un parfum enthousiasmant qui réconcilie avec la vie, et partant, qui réconcilie l’homme avec lui-même. On devrait le prescrire à tous les mélancoliques de la terre, désabusés ou dépressifs. C’est un remède radical contre la mauvaise foi, la mauvaise opinion, les mauvaises pensées. Il transporte littéralement de joie, et surtout il est la positivité même. Si le bois de rose est délicieusement angélique, le pin est sublimement humain. Un don du ciel.
Associé au bois de rose, le pin est un enchantement sensuel. Le bois de rose élève le pin, le subtilise, l’aspirant vers le ciel, tandis que celui-ci fournit le corps de cet envoûtement. Les notes hespéridées de l’un et l’autre s’entrelacent pour fêter cette joie de vivre.
Associé au vétiver, le pin produit un boisé évidemment très aromatique, haut en couleurs, mais très élégant. L’association du pin avec le patchouli est plus puissante mais plus primaire.

Mousse de chêne
C’est l’histoire d’une terre qui débouche sur la mer.
Au départ, l’odeur boisée, ambrée, moisie, terreuse, proche de du champignon, légèrement épicée, est profonde, envoûtante, pénétrante, mystérieuse, plutonienne. Ce n’est pas une odeur sylvestre sentant les bois: nous sommes ici dans l’humus des sous-bois, dans le terreau humide et sombre gisant sous le tapis épais de feuilles, de branches, de glands, de champignons, de moisissures qui jonchent le sol. Nous ne parcourons pas les sentiers, les voies ou les clairières, nous sommes ici à l’intérieur, dans le corps même de la forêt. La mousse de chêne, ce n’est pas la forêt bucolique mais la sylve primitive, ancestrale, immémoriale, celle qui regarde passer en silence les hommes depuis des générations.
Il faut pénétrer dans cet humus spongieux, presque putride, pour ressentir toute la force contenue, la vitalité latente de ce dépôt végétatif, de cette mémoire végétale patiemment conservée par les âges. Et que nous dit ce lichen ? La mer est à l’origine du monde ; la terre est issue de l’eau, à laquelle elle retourne, tout revenant à l’océan originel.
Il faut en effet sentir cet incroyable effluve marin, iodé, évoquant l’algue et l’embrun, tenace, pénétrant, digne, noble, tendre, maternel, émouvant, réconfortant, apaisant, pacifiant (qui correspond en fait à l’odeur que l’on a sur la peau lorsqu’on sort de l’océan) pour se souvenir que tout retourne à la matrice originelle. Et il faut respirer ce vieux parfum de sel, archaïque comme le monde, partant du sol pour rappeler la mer, pour pressentir aussi que la mousse de chêne nous livre la clé de l’ambre gris : c’est en effet en respirant cette mémoire marine de la terre, témoignage laissé par la mer avant qu’elle se retire, que l’on peut intuitivement saisir le message transmis aux hommes par le cachalot.
La mousse de chêne, c’est l’ambre laissée sur terre. Il faut d’ailleurs marier mousse de chêne et ambre gris pour constater à quel point ces deux parfums s’épousent, s’entrelacent, se confondent : tout les unit. Mariage originel de l’eau et de la terre, à l’origine de la formation du monde.
La mousse de chêne enrichit aussi les boisés, comme le vétiver ou le pin, leur apportant une note ambrée remarquable. Elle arrondit le patchouli, lui procurant un corps aromatique original. Elle magnifie le cèdre, enrichissant son bois, lui fournissant une ampleur aromatique fine et suave. Elle fixe le bois du rose, lui donnant une densité et une profondeur notables.
La mousse de chêne enrichit enfin le castoréum, lui apportant là encore une note ambrée très originale.