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ichiro
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Qu’est-ce que sentir ?
On peut s’étonner à bon droit de l’indigence de la réflexion sur la nature du sens olfactif. Mais on ne peut rien comprendre à cette énigme si on ne saisit pas qu’il y a une raison ontologique – bien plus que scientifique – à cette mystérieuse lacune : l’olfaction faisant appel au registre essentiellement intuitif de l’intelligence, il est impossible à l’homme contemporain d’en mesurer toute l’amplitude, tant que celui-ci conserve une vision atrophiée des ressources intuitives qu’il porte en lui.
Usuellement, on attribue au fait de sentir un sens primaire, élémentaire, et même animal. Par exemple, dans le langage courant, « sentir » signifie « pressentir » les choses de manière immédiate, instinctive, spontanée, donc non raisonnée. La formule usuelle « je le sens» – à propos d’un être ou d’une chose – signifie, dans le langage parlé, que l’on saisit instinctivement la personnalité de l’être qui s’adresse à nous, la raison d’être de la situation qui nous concerne, la signification de la chose qui nous interpelle. On est dans le domaine de l’intuition élémentaire, souvent floue, peu nette, difficilement formalisable et exprimable. C’est elle que l’on qualifie communément d’intuition féminine (non sans quelque condescendance parfois). « Sentir » signifie aussi « ressentir », c’est-à-dire percevoir des sensations, des émotions. On se situe ici à un niveau de perception encore plus primaire, infra rationnel, inspiré directement par l’impact troublant et souvent confus, désordonné, des émotions.
Par analogie, on considère que le fait de sentir une odeur, un parfum, ne fait que solliciter cette contribution élémentaire de l’intuition. L’homme contemporain pense ainsi parce qu’il ne perçoit de l’intuition que sa face lunaire, d’ordre infra rationnel, que son caractère psychique, sans soupçonner que l’intuition puisse posséder aussi (et sans antagonisme avec ce qui vient d’être dit) une face solaire, purement intellectuelle, d’ordre supra rationnel, c’est-à-dire une nature spirituelle. Cette ignorance a obtenu droit de cité car, dans l’état actuel de la conscience, l’être humain est devenu comme inconscient de lui-même, prétendant tout connaître, sans pour autant être dans la capacité de réaliser qui il est.
Or il doit être rappelé que chaque être dispose, en plus de l’intuition élémentaire, d’une intuition lumineuse et immédiate, dépassant – et surtout transcendant – le champ de la pensée raisonnée, sans jamais toutefois la contredire, lui apportant tout au contraire sa plus sublime justification. Chaque être possède en lui, dès le départ et jusqu’au bout de son parcours, cette intuition spirituelle, véritable étincelle divine permettant d’exploiter les plus hautes ressources de son intelligence, sans qu’il y ait le moins du monde antagonisme (bien au contraire) avec un exercice logique et rigoureux de la raison.
Pour mesurer la gravité de l’oubli, il est nécessaire de réaliser que le refus de reconnaître le caractère transcendant de l’intuition a entraîné deux conséquences importantes dans l’exercice de la pensée humaine: d’une part, la réduction de l’intelligence à l’exercice analytique de la raison, assimilant l’intuition (dans sa globalité) à de l’irrationnel pur et simple. D’autre part, la confusion du psychique et du spirituel, assimilant (de manière plus pernicieuse) l’intuition psychique à l’intuition spirituelle. La première tendance a imposé le rationalisme et le matérialisme ; la seconde, le New-Age, c’est-à-dire la pseudo-spiritualité, telle que nous la voyons proliférer aujourd’hui.
Tant que l’être ne reprendra pas ses esprits, il ne pourra jamais approfondir le sens de l’olfaction. Ce n’est qu’en sollicitant l’intuition intellectuelle (nécessitant, au préalable, qu’il reconnaisse les facultés transcendantes dont il dispose) qu’il pourra explorer le sens olfactif dans toutes ses dimensions, et être capable d’exprimer ses vérités les plus hautes en langage clair, précis et naturel.