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ichiro
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Ce qui distingue le plus nettement le parfum « fabriqué » du parfum naturel, c’est que le premier procure une odeur, tandis que le second laisse l’empreinte d’un être. Une plante, une fleur, un arbre (au même titre qu’un animal) est un être vivant. Ce n’est pas « quelque chose », c’est « quelqu’un ». La fonction ontologique du parfum étant de véhiculer, par le medium de l’air, la part subtile de l’être. Ce que l’on sent, ce n’est pas donc « quelque chose », c’est « quelqu’un ». La différence n’est pas tant dans la qualité de l’odeur que dans sa nature. Il y a entre les deux plus qu’une différence de degré : une différence de nature. Le parfum naturel est l’odeur d’un être. Et comme nous sommes nous-même un être, sentir, c’est mettre en communication deux êtres, ou, si l’on veut être plus précis, mettre en relation l’Être avec Lui-même sous deux modes différents. Sentir, c’est mettre en symbiose deux êtres par le medium de l’air, de telle sorte que se réalise l’Être Lui-même. L’expérience olfactive, c’est la réalisation d’une union entre deux êtres. C’est comme l’amour : à chaque fois c’est différent. Voilà pourquoi, lorsqu’on sent un parfum naturel, ce n’est jamais la même chose : ce n’est pas simplement une odeur, c’est un être qui interagit avec nous. Et comme l’être ne se répète jamais (puisqu’il est absolument singulier, absolument unique, et que lui-même n’est jamais le même d’un instant à l’autre, puisqu’il se renouvelle entièrement à chaque instant), à chaque fois qu’on le sent, ce n’est jamais la même chose. C’est toujours le même être, mais jamais de la même manière. Voilà pourquoi le parfum naturel est irrésistible (inlassablement, on y revient). Son charme, c’est d’être tout entier lui-même : absolument identique, absolument différent. Ce n’est pas tant le parfum qui nous fascine que l’être qu’il véhicule, nous renvoyant, dans sa singularité même, à l’indivisibilité de son unité.