#50019

ichiro
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Opoponax
(solution alcoolisée en spray)
L’odeur est citronnée mais sans acidité, évoquant plutôt la douceur de la bergamote, rappelant davantage en fait la mandarine, et se rapprochant le plus nettement de l’odeur de la clémentine. Typiquement hespéridé, le parfum procure une note de tête qui se volatilise très vite, laissant une touche de fond douce et subtile, plus nettement basalmique, toujours délicatement fruitée comme un agrume.
Le mystère de son origine reste entier : d’un côté, les botanistes indiquent que c’est une plante herbacée de la famille des Apiaceae (Oppoponax Chironium), poussant principalement en méditerranée, en Asie mineure et en Iran. Ce constat accréditerait la thèse selon laquelle ce parfum aurait été très prisé en Europe au XVI° siècle. D’un autre côté, des sources plus proches de la parfumerie présentent l’oppoponax comme une résine d’arbre venant de la corne de l’Afrique ou du Moyen Orient. On lui attribue alors l’appellation de Commiphora Erythaea, ce qui correspond bien à l’origine géographique, mais aussi à son qualificatif de « myrrhe douce ». On décrit alors son odeur comme « basalmique, chaude, ambrée, terreuse et résineuse », ou comme « exhalant un parfum mystérieux de vieux bouchon à vin, basalmique, boisé et sucré », ce qui, en tous les cas, ne correspond plus à la même matière. Cette description crédibilise cependant la relation historique selon laquelle que le roi Salomon l’aurait considéré comme le plus noble des encens. Mystère, donc.
Il se peut que le terme « opoponax », à l’instar du « styrax », soit une appellation générique concernant deux matières vraiment différentes.

Galbanum
(solution alcoolisée en spray)
La note de tête, assez forte, verte, sèche, pointue, presque amère, subtilement épicée, évoque, d’un côté, l’herbe sèche; de l’autre, par sa senteur térébenthinée, l’arbre plus que la plante. Amère, elle rappelle en effet, en moins camphré, en plus vert, la note de tête du cyprès, et, plus indirectement, celle du génevrier. On se retrouve donc au croisement de l’herbacé et du bois amer et un peu épicé. Très originale, cette senteur possède une telle singularité qu’on ne l’oublie pas après l’avoir senti la première fois. Très montante, elle est aussi étonnamment volatile, s’estompant aussi vite qu’elle est venue, donnant un peu l’impression d’un simple passage, d’une simple apparition. En revanche, la trace que la plante laisse sur la peau constitue une note de fond aussi complexe que fine et imperceptible: boisée, chyprée, terreuse, très subtilement ambrée, amandée, basalmique et camphrée, rappelant les couleurs souterraines de la mousse d’arbre, pouvant même évoquer, comme en filigrane, les notes les plus profondes de la lavande.
C’est à la richesse de cette évocation que l’on saisit que le galbanum doit jouer pour le parfumeur un rôle fondamental d’arrière-plan (à la manière de l’ambre gris ou de la mousse de chêne), soutenant, densifiant et unifiant dans l’ombre les parfums boisés, chyprés ou fougères, et pourquoi pas certains floraux. Même si son odeur est typique, l’intérêt du galbanum n’est pas tant en lui-même que dans la manière dont il se marie avec les autres parfums : de manière générale, on a l’impression que le galbanum agit comme une gomme, arrondissant les angles, les aspérités, pour apporter une note plus ronde, plus sensuelle, presque florale, mais aussi plus équilibrée aux senteurs qu’il épouse de l’intérieur. Entremetteur doué, il facilite les unions. Cela joue par exemple avec le patchouli, dont il atténue les excès sans amoindrir le caractère. La connivence est plus manifeste avec le vétiver, dont il épouse la singularité tout en lui associant très finement la sienne : cela donne un bois fin et original, à la limite du floral, plus élégant que le vétiver à l’état brut. Le galbanum arrondit aussi la mousse de chêne, atténuant son caractère iodé et presque acide, lui procurant un velouté et une finesse presque semblables à la mousse d’arbre. Le mariage avec le cèdre, également, est très raffiné, le galbanum atténuant sa saveur un peu miellée qui peut déplaire, lui apportant de surcroît une touche florale très subtile et délicate. De même, il atténue la note très sucrée du santal de Mysore, lui apportant une tonalité boisée plus amère qui, certes, lui enlève un peu de sa spécificité, mais permet du même coup une fusion plus harmonieuse avec d’autres senteurs. Même constat avec la rose : il atténue son acidité de tête, ce qui peut faciliter l’anonymat, la transparence dans son mariage à d’autres odeurs. Avec la lavande, enfin, l’accord devient ici synthèse: la fleur, magnifiée par la plante, qui lui procure un baume, un velouté incomparables, lui apportant de surcroît le caractère solaire qui lui fait défaut, abandonne le caractère un peu énigmatique de sa senteur très intérieure pour adopter une fragrance épanouie, sorte de boisé floral, d’un arôme suave et confondant.